Pendant tout le mois d’Octobre, je réalise un exercice d’écriture (pioché dans le livre Écrire, un plaisir à la portée de tous, de Faly Stachak aux éditions Eyrolles) par jour en suivant les thèmes d’Inktober et en gardant une ambiance fantastique – horreur. La règle principale : 20 minutes d’écriture et 10 minutes de correction.
Jour 31 : Repère
Exercice : écrire sans limite de temps ou de taille
Je fais un dernier signe à mes parents et donne mon ticket au clown posté à l’entrée. J’ai neuf ans et je suis presque trop grand pour entrer, on a vérifié deux fois sur la frise. Je passes la barrière et entres dans le palais des glaces alors que derrière moi résonne les musiques des manèges, les odeurs de friture sucrée et les cris des gens.
Je me retrouve la tête à l’envers ! Je suis au plafond, ou le sol est à la place du plafond, je ne sais pas ! Je me retourne, je vois mes parents qui me sourient, ils ont les pieds sur terre mais nous ne sommes pas dans le même sens. Ils n’ont pas l’air de remarquer quoique ce soit. Je fais un pas vers eux mais le clown me fait non du doigt. Il me montre la flèche indiquant le chemin avec un sourire mauvais. Je suis sûr qu’il sait ce qu’il se passe.
Je n’ai pas le choix et m’enfonce dans ce manège maudit. Les premiers pas sont difficiles, j’ai l’impression que je vais tomber dès que je soulève un pied. Mais ce n’est pas le cas et mon cerveau s’adapte très vite. Sans autres repères, j’ai finalement l’impression d’être de nouveau à l’endroit. C’est alors qu’au détour d’un couloir je découvre sur un petit garçon en costume de citrouille qui a l’air aussi perdu que moi. Son sol est mon mur de droite, je perds de nouveau mes repères. J’ai la nausée. C’est le premier enfant que je croise alors que de nombreux parents attendent dehors. Il doit avoir 4 ou 5 ans et j’ai l’impression de le connaitre.
En m’approchant, je distingue qu’il est derrière une vitre qui sépare notre couloir en deux. Il a une petite cicatrice sur son menton. J’ai exactement la même, je l’ai eu en tombant le jour de la rentrée quand j’avais… 4 ans !
— Tu… Tu es moi ? je demande.
Le petit garçon me regarde de ses yeux tristes mais ne me répond pas. Il colle sa main à la paroi et semble attendre que je fasse de même. Alors je lève le bras, me contorsionne un peu et pose ma main face à la sienne. J’ai alors l’impression d’être dans une roue de hamster carrée, le monde autour de moi tourne d’un cran vers la gauche. Je suis pris de vertige et je ferme les yeux. Quand je les rouvre, je suis de l’autre côté de la vitre et le monde semble être à l’endroit. Mais le petit garçon (le petit moi ?) a disparu. Je me tourne pour vérifier mais il n’y a rien, à part le couloir d’où je viens et qui n’est pas dans le même sens. Où est-ce que c’est moi qui ne suis plus dans le même sens ? J’ai mal à la tête !
Je poursuis mon chemin, me demandant ce qui va me tomber dessus, ou si ce n’est pas moi qui vais tomber. Les escaliers mouvants ne m’ont pas posé de problème mais le tunnel qui tourne a été assez difficile à passer, j’avais l’impression que le monde tournait encore une fois sur lui-même.
Je tourne et enfin, je vois ce qui semble être le dernier couloir. Un grand panneau « sortie » clignote en rouge. Mais je me méfie. Je n’ai rien rencontré de bizarre depuis tout à l’heure. D’ailleurs, je ne sais même pas depuis combien de temps je suis enfermé dans ce manège, j’ai l’impression d’avoir erré pendant une heure.
J’avance doucement et je me rends compte que les murs sont recouverts de miroirs déformants. Sauf que tous les miroirs ont des reflets alors que je ne suis pas devant eux ! En m’approchant, je me rends compte que ce n’est pas moi dans les miroirs. Il y a un clown furieux, un garçon déguisé en squelette, une fille déguisée en vampire et d’autres enfants encore ! Et lorsque j’essaie de passer, ils tentent de m’attraper ! Vite, je cours, les bras serrés contre moi pour que personne ne m’attrape ! Surtout, ne pas toucher aux miroirs ! Je suis presque au bout quand je sens des vibrations sous mes pieds. Non, le manège va tourner ! Est-ce que je vais tomber dans un miroir ? Hors d’haleine, je parcours les derniers mètres alors que le sol commence à pencher et me jette à l’extérieur. J’atterris à plat ventre sous les yeux étonnés de mes parents. Ils m’aident à me relever en me demandant si tout va bien. Je ne sais pas quoi répondre, je regarde par dessus mon épaule et vois le clown qui me sourit méchamment en faisant entrer un autre enfant.
— Est-ce que tu veux le refaire ? me demande ma mère. C’était très rapide, on peut attendre encore un peu avant de rentrer.
Je suis ahuri ! Rapide ? Mais je suis resté combien de temps là-dedans ?
— Non, je réponds. Je veux rentrer, j’ai mal à la tête et j’ai la nausée.
Nous nous dirigeons vers la sortie alors que mon père déclare que c’était une journée mémorable. Je tourne une dernière fois la tête et croise le regard du clown qui me fait un signe de la main. C’est sûr que je m’en souviendrait !


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