Pendant tout le mois d’Octobre, je réalise un exercice d’écriture (pioché dans le livre Écrire, un plaisir à la portée de tous, de Faly Stachak aux éditions Eyrolles) par jour en suivant les thèmes d’Inktober et en gardant une ambiance fantastique – horreur. La règle principale : 20 minutes d’écriture et 10 minutes de correction.
Jour 18 : Conduire
Exercice : écrire deux monologues juxtaposés
Je n’ai jamais aimé cette route. Il y a beaucoup trop de virages, beaucoup trop d’arbres et pas assez de visibilité. Mais c’est le seul accès à notre petit chalet de montagne. Une heure, ou deux selon le temps, à supporter un stress aigu pour deux semaines de détente et d’isolement total, ce n’est pas très cher payé, non ?
Malheureusement, l’isolement n’est pas encore présent. Thomas a quitté le travail plus tôt pour que nous arrivions avant la nuit mais il semble trop important pour qu’on le laisse tranquille. Cela fait maintenant 10 minutes qu’il est au téléphone (heureusement en kit mains libres) pour expliquer à je-ne-sais-qui des « process » dont je ne comprends rien. Je déteste les voix sur haut-parleurs, les grésillements me donnent mal au crâne. Je lui ai proposé de prendre le volant mais il ne m’a pas entendu. Comme il déteste être dérangé au téléphone, surtout quand il s’agit du travail, j’ai laissé tomber. Je n’aurais peut-être pas dû.
— Tourne ! Tourne-là ! Et voilà, on a raté la sortie, ça va nous rallonger le trajet d’au moins 20 minutes ! Tu es sûr que tu ne veux pas que je prennes le volant ?
— Je sais ce que je fais, je le fais depuis des années, fais-moi confiance.
On ne va pas encore revenir sur ce sujet…
— Je te fais confiance, mais à un moment, il faut aussi que tu me montres que j’ai raison de te faire confiance. Sinon ça s’appelle de la naïveté.
— Je ne peux rien faire d’ici.
— Tu aurais déjà pu prendre la bonne route ! Et ne pas répondre aux textos de cette nana par exemple.
Il ne répond pas et fait semblant d’écouter son collègue au téléphone. Je reconnais à sa façon de froncer les sourcils qu’il est agacé. C’était plus fort que moi, je n’ai pas pu me retenir. J’ai parfois l’impression qu’on ne fait que répéter une pièce de théâtre, encore et encore. Je m’excuse.
— Je ne pense pas que ça sera suffisant, répond-t-il, le regard sombre fixé sur la route.
— Qu’est-ce que tu veux que je fasse ?
Il ne me répond pas et continue de fixer la route. Dans le téléphone, son collègue continue de parler de problèmes incompréhensibles. Je tente de lui toucher le bras mais il s’écarte en criant :
— Ah ! C’était quoi ça ?
Ce n’est pas Thomas ! Qui est cet homme ? J’essaie de lui attraper le bras mais passe au travers tandis qu’il crie de nouveau. Son collègue au téléphone s’inquiète
— Que se passe-t-il ?
C’est une très bonne question ! Et pourquoi suis-je couverte de sang ?


Laisser un commentaire