Writober – Jour 7

Writober – Jour 7

Pendant tout le mois d’Octobre, je réalise un exercice d’écriture (pioché dans le livre Écrire, un plaisir à la portée de tous, de Faly Stachak aux éditions Eyrolles) par jour en suivant les thèmes d’Inktober et en gardant une ambiance fantastique – horreur. La règle principale : 20 minutes d’écriture et 10 minutes de correction.

Jour 7 : Passeport

Exercice : Description du hors champs, ce qui entoure les personnages

L’hôtesse, derrière son comptoir, regarda mon passeport et releva la tête pour me dévisager. Elle recommença son manège. Je me retins de lever les yeux au ciel. J’avais envie de lui crier qu’effectivement, la photo avait été prise il y a 5 ans et que j’avais changé depuis !

Mais je savais que ce qui l’étonnait le plus sur cette photo n’était pas le changement de morphologie. C’était mon crâne rasé, tout lisse, qui brillait à la lumière du photomaton. Sur une adulte, on pouvait se passer des questions sur ses goûts, mais sur une enfant, ça criait cancer à plein poumons. Et face à ça, les gens ne savaient jamais comment réagir.

Même si ça pouvait être énervant, et ça l’était très souvent, il était hors de question que je change de passeport avant la date prévue. Car ce que la photo ne montrait pas, c’était qu’il avait fallu me porter pour que je puisse m’installer sur le tabouret de la machine. La chimio me donnait constamment envie de vomir, je n’arrivais plus à manger. J’avais perdu beaucoup de poids mais surtout, mes muscles avaient fondus et tout m’épuisait.

La photo ne montrait pas non plus mes parents, de l’autre côté du rideau, tentant désespérément d’être optimistes et de me donner un semblant de vie normale. Elle ne montrait pas les deux heures que j’avais passé avec ma sœur à choisir la tenue que je porterai ni les négociations avec ma mère pour qu’elle accepte que je porte du maquillage. C’était finalement elle qui l’avait appliqué. Elle avait fait du bon travail car on ne voyait pas mes cernes et mes joues avaient l’air presque pleines.

La règle obligeant à ne pas sourire sur les photos des papiers officiels m’avait obligée à cacher la joie et l’excitation de sortir de l’hôpital. Nous n’étions pas allé loin, juste assez pour que j’oublie que j’allais peut-être mourir. J’étais tellement heureuse que je ne remarquais pas les regards empli de pitié des passants. Après la photo, nous avions mangé une glace, je m’étais forcée à prendre quelques bouchées, avant de repartir au service pédiatrique.

Les gens étaient mal à l’aise face à l’idée de la mort, encore plus quand c’est une enfant qui la porte sur ses épaules. Moi j’ai réussie à vivre avec pendant plusieurs années et même, j’ai survécu. Alors il est hors de question que je change de photo. C’est celle d’une battante, et ceux qui ne le voit pas sont des imbéciles.


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