Pendant tout le mois d’Octobre, je réalise un exercice d’écriture (pioché dans le livre Écrire, un plaisir à la portée de tous, de Faly Stachak aux éditions Eyrolles) par jour en suivant les thèmes d’Inktober et en gardant une ambiance fantastique – horreur. La règle principale : 20 minutes d’écriture et 10 minutes de correction.
Jour 5 : Jumelles (l’objet)
Exercice : utiliser une expression française de manière littérale
Assis sur une chaise en plastique, Lionel scrutait la mer. Le mirador en bois blanc sur lequel il s’était installé lui permettait d’avoir une vision d’ensemble jusqu’à l’horizon. Des drapeaux noirs et rouges flottaient à intervalles réguliers sur la plage déserte. Une tempête était annoncée depuis 2 jours. Le ciel était noir et, en ville, la tension montait entre les habitants qui n’avaient pas voulus être évacués. La police et les pompiers se tenaient prêts à intervenir, tout comme les terrassiers une fois que la tempête serait finie. Il y avait de l’électricité dans l’air. C’est pourquoi le trentenaire était content d’être de surveillance. Il ne comprenait pas que l’on décide de rester si c’était pour vivre dans la peur de tout perdre à chaque instant.
Pour contrer le froid, il s’était enveloppé dans sa polaire et avait embarqué un litre de café dans une bouteille thermos. Le vent soufflait tellement qu’il était obligé de garder le talkie-walkie attaché à sa ceinture pour éviter qu’il roule et tombe du mirador (il avait déjà dû le récupérer dans le sable en début de matinée). Il avait également installé à côté de lui le mégaphone qui lui servirait à prévenir les promeneurs inconscients. Il prit les jumelles, bien attachées autour de son cou, et scruta la mer. Aucun bateau en vue. Il aurait fallu être suicidaire pour naviguer par un temps pareil.
D’un coup, tout s’arrêta. Lionel, habitué à la vie sur la côte, ne faisait même plus attention au bruit des vagues et aux cris des goélands. C’est pourquoi ce fut un tel choc pour lui d’entendre le silence. Un silence parfait. Il eut la sensation d’être en haut d’une montagne russe avant la première descente, quand tout le monde retient son souffle.
Puis les vagues se remirent en mouvement. Mais plus rien n’avait de sens. Elles se cognaient les unes dans les autres, certaines s’écrasant sur le rivage quand d’autres allaient vers le large. Dans ses jumelles, Lionel aperçut qu’autour du phare, la mer était beaucoup plus haute à gauche qu’à droite. Il lui semblait même que la mer se retirait de ce côté et diminuait à vue d’œil.
Il se rappela le talkie-walkie à sa ceinture et informa le poste de police que la tempête avait démarré. On lui recommanda la prudence.
Il connaissait les règles : si la mer s’approchait trop près de lui, il faudrait qu’il quitte son poste. C’était la première tempête de ce style auquel il assistait. Il connaissait la théorie mais il lui semblait irréel que tout se passe aussi vite. Il observait déjà des ilôts de sable mêlés d’algues qui faisaient surface. Dans certains endroits, la mer semblait prendre une forme carrée.
Un coquillage, projeté par la mer, lui frôla la joue. Il redoubla d’attention. On ne savait jamais ce qui pouvait se passer quand une mer se démontait. Il fallait juste attendre et croiser les doigts pour qu’on puisse la remonter une fois la tempête finie. Il y avait tellement de gens qui dépendaient d’elle pour vivre.


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